SEPA et innovation

J’ai assisté récemment à une conférence de Luc Ferry organisée par ARKEA dans le superbe cadre du Cloître Saint Louis à Avignon, sur le thème de « l’innovation destructrice », titre de son dernier ouvrage. Comment après un tel exposé, ne pas réfléchir à sa propre activité au regard des idées proposées ? Je vous livre donc le fruit de cette réflexion appliquée au SEPA qui m’occupe depuis ces 12 dernières années (création de l’EPC – Conseil Européen des Paiements en 2002).

Une première page du SEPA se tourne au 1er août 2014 et sonne le glas des virements et prélèvements tels que connus jusqu’à présent. Place aux virements SEPA et prélèvements SEPA généralisés dans la zone euro (puis en 2016, dans les 34 pays du SEPA pour les opérations en euros).

QU’AURA APPORTE LE SEPA ?

• De nouveaux services de paiement, le plus marquant étant le prélèvement SEPA qui propose aux commerçants, maintenant qu’il est transfrontalier, une alternative au paiement carte. Il permet, de plus, le paiement rapide de factures de gros montants, entre entreprises (B2B) des 34 pays du SEPA, habituellement fait par virement.

• Une nouvelle norme de messages échangés pour la compensation et le règlement des paiements SEPA : l’ISO 20022 XML. Même s’il reste du chemin à parcourir afin d’uniformiser ces messages entre les banques et leurs clients, c’en est fini des standards domestiques. Bientôt les paiements cartes adopteront aussi cette norme.

QU’AURA « DETRUIT » LE SEPA ?

Luc Ferry nous dit que l’innovation est destructrice dans un premier temps mais qu’elle crée de la croissance par la suite. Ce ne sont cependant pas les mêmes qui en profitent, par exemple en terme d’emploi. Ces derniers mois, les personnels des back offices des banques et trésoriers des entreprises se sont arraché les cheveux afin, pour les uns, d’utiliser les bons codes de rejet SEPA , pour les autres, de comprendre pourquoi tel ou tel code avait été utilisé. Il était illusoire de penser que le changement allait se faire sans douleur. Adieu donc les vieilles habitudes !

LE SEPA EST-IL UNE INNOVATION ?

Pour l’instant, il faut constater que la tendance est plutôt au « copier-coller ». On cherche à reproduire les anciens schémas (au sen anglais Scheme du terme), soit parce que, comme les italiens avec le service additionnel appelé SEDA, on pense que prélèvement SEPA tel que proposé (SDD SEPA direct debit) est moins bien que ce qui existait, soit parce que les services existants dit de niche (TIP et Télérèglement en France) n’ont pas encore d’équivalent au plan européen. On « sépaïse » donc les anciens services.

A ce jour, le SEPA n’est donc pas une innovation en soi mais a jeté les bases à la création de nouveaux services innovants. Apportera-t-il une brique à l’innovation dans le domaine du paiement sur mobile qui peine à décoller ? Pourra-t’ il aider à légitimer l’utilisation de la signature électronique ?

Il n’est pas à douter que la créativité va s’emparer de ces nouveaux outils mis à disposition. Je citerai juste un exemple qui me semble intéressant en la matière : dans le cadre des évolutions des « schemes » SCT (virement SEPA) et SDD (prélèvement SEPA), des propositions peuvent être faites à l’EPC par les parties prenantes (http://www.europeanpaymentscouncil.eu/index.cfm/knowledge-bank/epc-documents/sepa-direct-debit-core-rulebook-change-request-consultation-document-and-response-template/).

L’une d’entre elles a retenu mon attention ; il s’agit de transporter dans le message de SDD une information comme une URL, un lien permettant d’accéder à un serveur sur internet (évolution intitulée : additional customer to customer information). A titre d’exemple, un prélèvement d’une entreprise A (créancier) émis vers une entreprise B (débiteur) contiendrait l’adresse du serveur extranet de factures du créancier. A réception du prélèvement SEPA, le débiteur pourrait rapprocher automatiquement le paiement de la facture. De même, à réception d’une R transaction, le créancier pourrait rapprocher le rejet de la facture contestée.

Gageons que les lourds investissements faits par les banques et les entreprises dans le SEPA sous l’égide des autorités européennes porteront d’autres fruits novateurs.

Catherine Gondelmann Bredin

Expert SEPA d’EXPLAIN

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